L’histoire de Damien Seguin


Damien Seguin

Novembre 1990, un jeune « métro » (un Français de la Métropole) en prend plein les yeux sur les quais de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Damien Seguin a à peine 10 ans quand il voit débarquer les premiers bateaux de la 4e édition de la Route du rhum. « Je me rappelle très bien l'arrivée de Mike Birch. Il était arrivé quatrième, se souvient-il. J'imaginais qu'il allait être furieux, mais non, il était impassible, stoïque. Je l'ai rencontré avant mon départ de la dernière Route du rhum en 2010, et je lui ai raconté cet épisode. Ça l'a fait rire. »

De cet événement naîtra le fil conducteur de sa vie. Parce qu'il voulait « faire comme ces grands marins », Damien Seguin demande à ses parents de l'inscrire aux cours de voile. « Comme tous les gamins, je n'avais pas un super niveau, mais j'avais un esprit de compétiteur. » D'année en année, il grimpe les échelons et enchaîne quelques succès probant chez les jeunes en dériveur (Optimist et Laser), puis en double sur catamaran (Hobby Cat 16 et Tornado).

PROFESSEUR D'EPS

En 1999, il intègre le pôle France de Quiberon, en Bretagne. « Lors des Semaines olympiques [manches de championnats du monde], on terminait dans les quinze meilleurs européens avec mon partenaire, Thibault Vauchel-Camus. Puis Thibault a voulu faire autre chose. J'ai changé d'équipier, mais ce n'était plus la même chose », se rappelle Damien.

Cette pause forcée le pousse à se concentrer sur son avenir et ses études. Le jeune navigateur passe son CAPEPS (Certificat d'aptitude au professorat d'éducation physique et sportive), pour devenir professeur de sport, et repense à ce jour de novembre 1990. Son désir de grand large ne l'a pas quitté, mais il ne veut pas arrêter là sa carrière en voile olympique.

En 2002, c'est la révélation. Il découvre alors la voile paralympique. « J'étais à la porte de l'équipe de France chez les “valides” [Damien Seguin est né sans main gauche]. La voile paralympique n'était pas du tout développée sur nos côtes. Je me suis dit que j'avais un coup à jouer en quillard solitaire 2.4. C'est un bateau très technique avec beaucoup de réglages. Parfait pour mon tempérament. »

 Deux ans et une très bonne préparation pus tard, Damien Seguin s'offre l'or aux Jeux d'Athènes 2004. Durant l'olympiade qui précède les Jeux de Pékin (il y remportera l'argent), le navigateur a du temps libre et veut mettre en place une préparation mixte Figaro-voile olympique, avec l'objectif de faire la Route du rhum en 2006. Mais voilà, l'organisation de la Solitaire du Figaro refuse son inscription, mettant en avant les problèmes de sécurité que pose son « handicap ». « ça été très violent. Une lettre recommandée sans aucune explication, aucun argument. Je n'ai pas voulu en rester là et j'ai décidé qu'il fallait m'en sortir par le haut et de manière constructive. »

Finalement, Damien aura gain de cause et participera en 2006 à la Solitaire – il terminera 32e sur 44 – et la législation a changé depuis. « Avant, l'autorisation de concourir était à la discrétion de l'organisateur. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Tous les navigants doivent désormais passer des tests de survie. Ainsi on comprend mieux pourquoi, moi “invalide”, j'arrive à monter sur une échelle de corde quand un “valide” ne pourra pas. Tout est question de préparation. C'est une fierté d'avoir laissé la porte ouverte derrière moi. »

 

DE L'OR DANS LES JEUX EN 2016

 « C’est comme si Usain Bolt courait à la fois le 100 mètres et le marathon ». Damien Seguin file la métaphore pour comparer la course au large et les épreuves olympiques sur son 2.4, un bateau de 4,50 mètres. Médaillé d’or à Athènes en 2004, puis d’argent en 2008 à Pékin, c’est lui qui a été désigné pour être le porte-drapeau de la délégation française à Londres en 2012. Et ce n’est pas fini, puisqu’il a terminé à la troisième place des championnats du monde cet été. Son objectif ? Rester compétitif jusqu’aux prochains jeux paralympiques de Rio en 2016.

Pour Damien, l'objectif sera de remporter l'Or et par ce biais médiatiser son sport et apporter la reconnaissance du Handisport en France. Pendant 2 ans, ses partenaires fidèles, ERDF,  le Département de la Loire Atlantique, Airbus et le Groupe IDEA vont suivre et soutenir Damien Seguin dans son parcours.


UN VENDÉE GLOBE EN 2020 ?

Après deux Jacques-Vabre – en double avec Yoann Richomme (2e en 2011 et 7e en 2013) – et deux Route du Rhum  en Class40 (10e place en 2010 et 8ème en 2014 ) Damien Seguin, homme de défi s'il en est, a comme objectif d'être au départ de l'épreuve vendéenne en 2020 : "En sport comme dans les entreprises pour réussir il faut avoir un, ou des objectifs, le mien c'est d'être au départ du Vendée Globe. C'est un beau challenge dêtre le premier skipper handicapé à prendre le départ d'un Vendée Globe".

Celui qui a su depuis des années convaincre le monde entier que son handicap n'était pas un frein à son immersion dans le milieu sportif des valides, s'attaque à un défi de taille. Trouver le budget nécessaire (environ 5 million d'euros sur 4 ans) et un bateau digne de ce nom pour être du départ de la plus mythique des courses au large.

 

EXTRAIT PALMARES :

Chevalier de la Légion d’Honneur
Officier de l’Ordre National du Mérite
Porte drapeau et Capitaine de L’équipe de France paralympique 2012

. Voile Paralympique :

3ème du championnat du monde 2014
Triple Champion du Monde en 2.4 (2012, 2007, 2005)
8 fois vainqueur de la World Cup de Hyères (Ex – SOF) 
Médaille d’argent aux Jeux paralympiques de Pékin en 2008
Médaille d’or aux Jeux paralympiques d’Athènes en 2004
4ème aux Jeux paralympiques de Londres en 2012

. Course au large :

8ème de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2014
8ème de la Transat Jacques Vabre (avec Yoann Richomme)
2ème de la Transat Jacques Vabre 2011 (Avec Yoann Richomme)
10ème de la Route du Rhum Class 40 (sur 45 bateaux) en 2009
4ème de la Solidaire du Chocolat en Class 40 en 2009

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